Catalogne : pour une solution politique ! Liberté pour les prisonniers politiques !

Les aspirations du peuple catalan sont anciennes et se sont manifestées à différentes reprises. Le but de cet article n’est pas de revenir sur la guerre civile et la révolution, n’empêche les curieux pourront y retrouver des partis et bien des aspects présents aujourd’hui. Ils pourront aussi se plonger dans “Hommage à la Catalogne” de Orwell.

Pour parler de l’histoire récente, nous pouvons considérer que le processus démarre en 2010 suite au recours du Parti populaire devant le Tribunal Constitutionnel et le rejet par celui-ci des principaux éléments d’un nouveau statut négocié avec le gouvernement Zapatero du PSOE , voté au parlement espagnol puis catalan et par referendum en Catalogne.

Suite à cette fin de non recevoir, une mobilisation de masse démarre avec comme thème central « nous sommes une nation ! »

Il faudrait être particulièrement malhonnête pour analyser la crise comme une surprise. Les différents gouvernements catalans ont mis au centre de leur programme le droit à décider de son futur pour le peuple catalan. De referendum interdit en referendum imposé par la mobilisation massive comme le 1er Octobre, la vie politique a été rythmée par cette exigence de décider du type de relation à avoir avec l’état espagnol. Le bloc PP, PSOE et Ciudadanos en soutien à la constitution monarchique de 1978 ont opposé à cette aspiration la répression policière et judiciaire, à coup d’article 155 supprimant le statut d’autonomie, et avec le procès des dirigeants indépendantistes. A aucun moment, la possibilité d’une négociation n’a été ouverte. Le bloc PP, C’s, PSOE a totalement marginalisé la proposition de referendum négocié comme en Ecosse, proposition défendue par Podemos et Ada Colau. Le sens de cette politique était de créer une polarisation entre l’unité de l’Espagne et l’indépendance de la Catalogne pour en finir avec un projet de fédération ou de confédération.

Un procès politique

La presse a raison d’indiquer que, depuis la mort de Franco, nous n’avions pas connu un tel procès politique avec des peines possibles aussi lourdes.

Des condamnations possibles allant de 16 ans de prison à 25 ans pour une activité politique non violente, c’est du jamais vu !

Les condamné-es sont la pointe du mouvement catalan, que ce soit pour les partis comme par exemple Oriol Junqueras président d’ERC, pour les associations avec Jordi Sanchez et Jordi Cuixat responsables des puissantes Assemblée Nationale de Catalogne (ANC) et Omnium ou pour les parlementaires. Les principaux responsables du gouvernement catalan ainsi que les dirigeants des plus grosses associations sont en prison ou en exil de puis plus d’un an,.

Solidarité !

Le débat aujourd’hui n’est plus sur indépendance ou pas mais sur la défense des droits politiques. Chacun se rend bien compte que des condamnations aussi fortes auront pour conséquence un recul des droits démocratiques dans l’ensemble de l’état. Penser qu’il est possible d’écraser des aspirations politiques de centaines de milliers de personnes en mettant en prison pour très longtemps des dirigeants politiques est une absurdité, en revanche constater que ce choix favorise la droite la plus extrême est une évidence. Nous le voyons déjà avec un discours de “guerre civile” de la part du PP, de Ciudadanos et de leur allié VOX. Comme ils le font, il n’est pas anodin d’accuser Pedro Sanchez de  « haute trahison », de parler de « coup d’état des indépendantistes », de  « coup d’état de la motion de censure » ayant mis Sanchez au pouvoir. L’échec de la manifestation de Madrid autour de ces thèmes est rassurant.

L’organisation de la solidarité pour la liberté des prisonniers politiques est l’urgence première.

Elle se manifeste au quotidien. Les transfert des prisonniers à Madrid a donné lieu à un soutien visible pendant le trajet. De nouvelles manifestations sont prévues avec surtout deux grosses initiatives, une grève générale en Catalogne le 21 février et une manifestation à Madrid le 16 mars. Il est décisif que le mouvement de solidarité ne reste pas isolé en Catalogne, il doit s’élargir à tout l’Etat espagnol et en Europe.

Le procès a commencé

Vu les actes d’accusation et les déclarations du procureur Fidel Cadena (Fiscal), nous ne nous orientons pas vers des peines légères. Citons quelques phrases du Procureur : « Il n’y a pas de souveraineté catalane, il y a une souveraineté du peuple espagnol », « Les Mossos (police catalane) se mettent complètement du côté de la rébellion et ceci est violence », « Ce procès est le triomphe de la démocratie ». A l’inverse, notons quelques déclarations de Oriol Junqueras (président d’ERC) « Rien de ce que nous avons fait est une délit » ou encore « Voter n’est pas un délit, l’empêcher par la force, si ! ». Junqueras ne se défend pas, il assume ses responsabilités.

Le tribunal maintient l’accusation de rébellion et donc d’une peine de 25 ans de prison ! Pourtant l’Allemagne, la Belgique … ont refusé de prendre en compte le mandat d’arrêt européen (MAE) émis par l’Espagne et refusé d’extrader les exilé-es catalan-es. La justice de ces états a refusé de reconnaître le délit de rébellion vu qu’il n’y avait pas eu de soulèvement armé. La manipulation du délit de rébellion par la justice espagnole a une fonction, celle de criminaliser les mobilisations, de réduire les droits et libertés politiques, de qualifier de rébellion toute contestation de la Constitution monarchique de 1978. Toute action de blocage, d’occupation ou de désobéissance civile peut être considérée comme un acte de rébellion.

L’UE et Macron…

L’UE et Macron ont apporté tout leur soutien au gouvernement Rajoy dans son application des lois d’exceptions, dans son refus de toute négociation et d’une politique répressive. Il est vrai que cette situation dans l’état d’espagnol a des échos en France avec la multiplication des violences policières et une nouvelle loi anticasseurs.

Les mêmes, UE et Macron, n’hésitent pas une seconde pour ordonner au gouvernement vénézuélien de convoquer des élections dans les 8 jours ou encore pour reconnaître comme président l’autoproclamé Guaido !

Le mouvement de solidarité en France doit exiger du gouvernements et des parlementaires la liberté des prisonniers politiques.

La construction d’un mouvement de solidarité est impérative. Laisser des militants politiques être condamnés à des dizaines d’années de prison pour avoir respecté leur engagement sur le droit à l’autodétermination aurait des conséquences terribles en Espagne mais aussi dans une Europe déjà bien gangrénée par la droite dure et l’extrême droite.

La solidarité va déterminer le résultat politique de ce procès. Il est évident qu’il y aura un avant et un après ce procès.

Pour un référendum d’autodétermination !

Toute crise politique doit avoir une solution politique. Ce procès n’écrasera pas le catalanisme, ni la volonté de décider de l’avenir de la Catalogne. Mais des peines lourdes ne peuvent qu’aggraver la rupture et nous faire entrer dans une situation politique risquée et pleine d’inconnues. Que va-t-il se passer si jamais les principaux dirigeants politiques et associatifs de Catalogne sont condamnés à des dizaines d’années de prison ? Tout cela dans une situation où les indépendantistes sont toujours au pouvoir en Catalogne, où tous les sondages indiquent que lors des prochaines élections, ils devraient garder leur majorité, que Oriol Junqueras va être tête de liste ERC-Bildu-BNG pour les élections européennes et élu au parlement européen.

Les prisonniers s’attendent à des condamnations et ont déjà indiqué que la suite judiciaire sera au Parlement de Strasbourg.

Pedro Sanchez et le PSOE viennent de décider des élections générales pour le 28 avril. Les municipales, les régionales et les européennes se tiennent le 26 mai. Il s’agit d’une séquence électorale complète où les nouveaux rapports de forces électoraux vont se fixer pour 4 ans. Inévitablement, la Catalogne et le procès vont être au centre de l’intervention des partis. Ne doutons pas de la surenchère sur le thème défense de la grande Espagne, de la répression… entre le PP, C’s et Vox.

Il faudrait que la gauche retrouve le chemin de la lutte contre la monarchie, pour la République et pour un état plurinational espagnol fédéral ou confédéral.

Il y a deux urgences dans la situation :

– construire un mouvement de solidarité pour la libération des prisonniers politiques et pour le droit à l’autodétermination

– exiger comme solution politique un referendum négocié pour le droit à décider.

Francis Viguié. Vendredi 15 février 2019.