Clémentine Autain répond à la tribune de Valls dans le JDD : « Il continue à dérouler un tapis rouge à l’extrême droite !

Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis (groupe LFI)

Voir la tribune dans le Journal du Dimanche

 

– L’élue La France insoumise Clémentine Autain répond à la tribune publiée dimanche dans le JDD par Manuel Valls sur la gauche.

« La gauche meurt chaque jour un peu plus », assurait Manuel Valls dimanche dans une tribune publiée par le JDD. L’ancien Premier ministre commentait alors les divisions à gauche alors que la campagne en vue de l’élection présidentielle s’enclenche. En réponse, Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis et membre du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale, publie un texte sur notre site. Selon elle, « Manuel Valls fracture encore un peu plus le contrat social qui est à la base de notre République ». Voici sa tribune :

« Voilà une semaine que Manuel Valls, ancien Premier ministre failli, mauvais perdant de la primaire socialiste, candidat malheureux à la mairie de Barcelone ayant manifesté aux côtés de l’extrême-droite, signe son retour médiatique. Fidèle à son registre mêlant mensonges et mises aux bancs, il accuse, pointe du doigt les responsabilités, les négligences coupables, les traitres à la République… À l’en croire, la gauche serait morte et tout le monde porterait sa part de responsabilité dans ce marasme, sauf lui.

La cible, ce n’est pas la droite mais Jean-Luc Mélenchon

Selon Manuel Valls, c’est parce que la gauche s’accrocherait à des chimères, à l’instar de la réduction du temps de travail ou en osant envisager la perspective d’une sortie du nucléaire, qu’elle n’existerait plus aujourd’hui. Puisque le ridicule ne tue pas, ce serait avant tout parce qu’elle n’a pas voulu de la déchéance de nationalité et qu’elle manquerait de clarté sur son rapport à la « République », dont l’ancien Premier Ministre se croit le seul juge et nourrit une conception aussi étriquée que tronquée.

Pas un mot sur le renoncement qu’aura été le quinquennat de François Hollande, décrédibilisant peut-être définitivement les promesses d’un Parti Socialiste perdu dans le néolibéralisme et vidant de sons sens le mot gauche. Accords Interprofessionnels (ANI), loi travail, contre-réforme des retraites, polémiques alimentées en chaîne sur l’Islam, remise en cause de la solidarité avec les migrants… Autant de coups de canif portés aux principes fondateurs de la gauche française.

Toutefois, ne nous y trompons pas, ce retour en grâce médiatique répond à un besoin politique précis. Devenu « porte flingue » de la macronie, les interventions de Manuel Valls s’insèrent dans un moment où la campagne d’Anne Hidalgo connait un net décrochage. L’objectif est simple : convaincre les quelques électeurs socialistes qu’il ne reste que Macron comme option raisonnable. Pour ce scenario, la cible est connue : ce n’est pas la droite mais Jean-Luc Mélenchon, qui demeure en tête des intentions de vote à gauche. Comme Manuel Valls n’est plus à une ineptie près, il nous explique cette fois-ci que la France Insoumise travaille avec Dieudonné, toujours sans que ces affirmations ne soient vraiment remises en cause par les journalistes qui l’interrogent, comme si une simple déclaration suffisait à prouver une accusation aussi infâme que mensongère.

Manuel Valls fracture encore un peu plus le contrat social qui est à la base de notre République

Pour emballer son funeste projet, il utilise une arme bien rodée qu’il a largement contribué à mettre en œuvre : le procès en républicanisme. Ainsi l’homme qui a changé les doctrines de sécurité pour saturer les manifestations sous un flot de violence, qui a porté jusqu’au bout un projet de loi inconstitutionnel et à l’opposé de nos fondamentaux républicains, qui pense qu’en toute chose « comprendre c’est déjà un peu chercher à excuser », se croit fondé à décerner des brevets de bonne pratique républicaine à la seule condition que l’on soit en tout point d’accord avec lui.

En réalité, Manuel Valls fracture encore un peu plus le contrat social qui est à la base de notre République et continue à dérouler un tapis-rouge à l’extrême droite en faisant de ses thèmes et présupposés les incontournables du débat public.

C’est une question compliquée que de savoir quand Manuel Valls, qui avait appelé à voter pour Valérie Pécresse en juin dernier lors des régionales en Île-de-France, a quitté la gauche. Cependant, son appel à réunir les « républicains des deux rives » résonne comme un aveu. Son projet politique n’est plus que de servir de point d’appui au macronisme néolibéral et autoritaire, et de continuer à fracturer la gauche tant qu’il le faudra.

L’esprit de la gauche comme celui de la République ne sont pas solubles dans la violence du laisser-faire néolibéral, et ne le sera jamais. C’est vraisemblablement là toute la différence entre Valls et son ancienne famille politique. Le vallsisme n’est qu’un grand cadavre à la renverse. »