Le billet d’Humeur de Caillou

C’est dans une rue qui monte derrière la gare Matabiau à Toulouse.
La journée a été belle et le soleil couchant dore encore les façades des maisons dans ce quartier de cheminots, historiquement rebelle, mais qui est en pleine mutation urbaine depuis la percée de l’école vétérinaire dans les années 60, les immeubles neufs de Jolimont, la ligne de métro, la construction de la grande arche de la médiathèque Cabanis en 2003 et des buildings qui l’entourent. Il Reste là, pour combien de temps encore des petites rues de maisons basses et cette vue magnifique et triste sur les voies de chemin de fer…

Sur la droite, derrière la grille qui se lève se trouve un local, ce doit être une ancienne boutique, à la vitrine couverte d’affiches du Front de Gauche, de portraits de Mélenchon, d’appels à des rebellions récentes et à des réunions futures. Nous sommes une bonne trentaine à nous retrouver là. Une bonne moitié de retraités, quelques jeunes, beaucoup de femmes, autour d’une table pour discuter sur les futures élections présidentielles et législatives qui nous attendent en 2017. Après ces deux mois d’été c’est un peu des retrouvailles pour les militant(e)s que nous sommes. Et oui, les mois de juillet et d’août ne sont pas des périodes fécondes en mobilisations ! Et les sourires, les embrassades, les échanges et les informations de toutes sortes empêchent longtemps la réunion de commencer.

Bon. Ensemble ! 31 doit décider ce soir si nous soutenons ou pas la candidature de Mélenchon. Depuis des mois les réseaux fourmillent d’avis contradictoires, de positions nuancées ou véhémentes. De fait, il n’a pas été possible d’aller vers une démarche de désignation d’une candidature unitaire de toute la gauche radicale. On le regrette toutes et tous mais JLM a enfoncé la porte très tôt et beaucoup le lui reprochent. Mais l’heure n’est plus aux regrets et, quelquefois , les rêveurs (que nous sommes tous un peu) doivent faire avec le monde réel.

Fred fait, comme d’habitude, son speech introductif. Toujours aussi bien construit, avec de vraies analyses, de la distanciation, de l’humour et respectant aussi les positions alternatives. Jean-Marie, Bernard, Myriam, Stef, Nadine et beaucoup d’autres rajoutent leurs opinions… Ce soir, les uns et les autres s’écoutent attentivement, et pèsent les arguments échangés. Il fait chaud. La porte reste ouverte. Nous savons bien que l’avenir est sombre.
Et, à la surprise de beaucoup, alors que nous nous écharpions par courriels interposés depuis au moins trois mois, ce soir, on tombe d’accord. Cela peut paraître bizarre de s’étonner d’un consensus, là où tout nous pousse à la division. Alors qu’une phrase maladroite peut passer en boucle sur les réseaux sociaux pour assassiner définitivement son auteur… Alors que les préjugés et les caricatures venus du siècle précédent continuent de nous pourrir la vie… Sur les communistes, sur les écolos par exemple…
Ce soir, nous avons tranché, sans minorité sans majorité… Le jeu de mot est facile mais Ensemble 31 a tranché ensemble et affirme son soutien à la candidature de Mélenchon mais sans abandonner notre volonté d’union de toute la gauche alternative, sans se fondre dans un mouvement qui restera peut–être sans lendemain, sans disparaître. Nous décidons de signer et de faire l’Appel « Faisons Front Commun » qui reprend notre point de vue général.
La nuit est tombée depuis longtemps. Un soiffard entre dans notre assemblée, croyant à une réunion publique ou qu’il pénètre dans un bistrot inconnu ? Dans le brouhaha on entend les pas des piétons pressés sur le trottoir et au loin le roulement sourd des trains qui roulent vers d’autres villes… On a presque du mal à se séparer et, dans cette rumeur sourde qui monte des voies de chemin de fer, on reste là longtemps sur le trottoir à commenter ce qui vient de se passer.
Reste maintenant à attendre la décision nationale.
Est ce qu’elle se prendra comme ici, sans vote ?

Caillou.