« L’extrême droite et Macron, ce n’est pas pareil »

Que représenterait une victoire de l’extrême droite, dimanche ?

Un terrible voyage au bout de la nuit.

Il ne faut pas oublier que l’extrême droite cible d’abord les minorités, en particulier les étrangers, les musulmans et les habitants des banlieues populaires.

Les femmes, ciblées par une misogynie constitutive de leur identité politique, en seront les premières victimes.

L’extrême droite fera de l’État de droit des cocottes en papier.

La liberté sera sous surveillance, et la politique antisociale, que nous contestons chez Macron, se poursuivra.

C’est un cocktail dangereux quand nous connaissons les modèles de Marine Le Pen : Donald Trump, Jair Bolsonaro, Viktor Orban.

Et si Le Pen et ses amis prennent le pouvoir, méfions-nous de leur capacité à ne pas le rendre…

Comment écarter ce risque, dimanche 24 avril ?

Avec la France insoumise et l’Union populaire, je me suis battue pour que Marine Le Pen ne soit pas présente à ce second tour.

Maintenant que nous avons raté cet objectif de très peu, la morale habituelle du « front républicain » peut-elle nous sauver ?

Je ne le crois pas.

Depuis 2002, on explique qu’il faut éviter le pire.

Or, le moins pire de 2017, Emmanuel Macron, est d’une grande violence sociale et liberticide.

Nous sommes donc devant un os, surtout auprès des jeunes générations qui ne sont pas irriguées comme les précédentes par le combat antifasciste.

D’ailleurs, à la différence de 2002, nous n’avons pas de manifestations monstres et immédiates.

Un ressort s’est cassé parce que les gens sont en colère face à une forme de non-choix, après être passés si près du second tour avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

C’est dire si la situation est dangereuse.

Nous devons mener un travail de conscientisation sur ce que recouvre concrètement l’extrême droite.

Un simple mot d’ordre de type « votez Macron » me semble de nature à diviser la grande famille émancipatrice, et nous n’arriverons pas ainsi à être massivement compris sur le sens même à donner à ce vote.

En réalité, c’est Emmanuel Macron qui porte la responsabilité de rassembler les électeurs.

J’entends que tant de gens ne supportent pas l’idée de remettre un bulletin de vote Macron dans l’urne.

J’en vois la difficulté et j’en suis inquiète.

En proposant la retraite à 65 ans, entre autres, il ne favorise pas un vote contre Marine Le Pen.

Avec la politique menée durant ses cinq dernières années, il nous a mis en danger face à Marine Le Pen.

Or Macron et l’extrême droite, cela n’est pas pareil.

Quand nous disons « pas une voix pour l’extrême droite », c’est notre façon d’entrer en jeu pour ne pas tirer un trait d’égalité entre les deux.

Mais c’est aussi une invitation à ce que chacun prenne ses responsabilités.

Si Marine Le Pen est battue, Emmanuel Macron aura cinq années de plus à l’Élysée. Comment la résistance à ses politiques ultralibérales devra-t-elle s’organiser ?

Nous devrons infliger une défaite à Macron aux législatives.

Cela nécessite la construction d’une majorité à l’Assemblée nationale.

C’est ambitieux mais nous devons l’être.

Le scrutin du 10 avril nous le montre : avoir de l’ambition permet de nous porter haut.

C’est la responsabilité que nous avons, avec l’Union populaire.

Nous devons être à la hauteur des suffrages qui nous ont été accordés, en particulier ceux issus de la jeunesse et des quartiers populaires.

Ils sont venus aux urnes grâce à la campagne de Jean-Luc Mélenchon, contribuant à notre score.

Cela nous oblige.

Nous devons poursuivre et amplifier cette dynamique, en agrégeant toujours plus.

Justement, quels rassemblements souhaitez-vous à gauche pour les législatives ? Des courriers ont été envoyés à EELV et au NPA, et une première rencontre s’est tenue avec les communistes. Êtes-vous optimiste ?

J’ai l’optimisme de la volonté !

Des millions de gens en ont concrètement besoin, car ils attendent la hausse de leurs salaires, des moyens pour les services publics, la fin des lois liberticides…

Et il y a urgence à mener la transition écologique et à bâtir une nouvelle République.

Je sais les rancœurs à surmonter.

Les mots très violents à l’égard de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne, venus d’Anne Hidalgo et de Yannick Jadot, et dans une moindre mesure de Fabien Roussel, ont construit des murs alors que nous avions besoin de passerelles.

Je sais aussi que, sur le fond, des points programmatiques et stratégiques restent à discuter.

Je note enfin que les propositions de discussions faites pendant la campagne présidentielle au PCF et à EELV sont restées lettre morte.

La déclaration de l’intergroupe parlementaire insoumis de mardi tend clairement la main, sur des bases fermes mais ouvertes.

Elle propose une méthode : se rassembler sur le fond pour dégager une perspective majoritaire cohérente.

J’invite toutes les forces et personnalités de gauche et de l’écologie politique à se saisir de cette porte ouverte.

Interview à l’Humanité.