Second tour des municipales : Toulouse condamnée à la droite six ans de plus

La déception était plus que palpable dimanche 28 juin à Toulouse au QG de la liste Archipel. Antoine Maurice, tête de liste (membre d’EELV) était devancé de presque 4 points par le maire sortant, JL Moudenc (LR soutenu par LREM). Grande déception donc et incompréhension car l’espoir était fort de l’emporter pour les candidat-e-s et les soutiens de la liste Archipel citoyen. En effet jusqu’à la veille du scrutin, même avec un tout petit écart, la liste d’Archipel était donnée gagnante devant le maire de droite. Que s’est-il donc passé ?

 

Retour sur la campagne : une vraie dynamique pour la liste Archipel

L’aventure Archipel a commencé bien en amont. A partir d’un collectif de citoyen-n-e-s rejoint-e-s par EELV, par la FI et par un groupe issu du PS, la liste s’est peu à peu constituée tout comme ont été peu à peu élaborés le projet et le programme, avec des modalités différentes de celles utilisées habituellement : tirages au sort, auditions, utilisation systématique de l’outil internet, élection de la tête de liste et auto-ordonnancement… Certaines de ces modalités peuvent être interrogées mais indéniablement la démarche Archipel a rompu par son originalité et a su faire travailler des membres issu-e-s des organisations politiques et des citoyen-n-e-s non encarté-e-s mais pouvant être aussi impliqué-e-s dans des syndicats ou des associations. Des militants FI et Ensemble y ont pris une part importante.

Sur le terrain, dans les meetings on sent alors que l’intérêt pour cette liste et ce qu’elle propose (comme le dit souvent sa tête de liste, « une écologie sociale et populaire ») croît considérablement.

 

Un premier tour prometteur

Le premier tour des municipales se déroule juste avant le confinement. La liste Archipel se retrouve en tête des listes de gauche, à près de 28 %, quasi 10 points de plus que celle menée par la représentante du parti socialiste Nadia Pellefigue, vice-présidente à la région Occitanie, liste soutenue par le PC et les radicaux. L’ancien maire de Toulouse, Pierre Cohen, à la tête d’une liste soutenue entre autres par GénérationS, GDS, obtient un peu plus de 5 %. Très rapidement un accord se dessine entre cette liste et celle d’Archipel. Les choses s’annoncent plus compliquées avec la liste PS/PC.

La droite elle obtient dans les 37 % des voix, bien moins que ce que pouvait espérer le maire. Le FN fait un petit score et ne franchit pas les 10 %.

Les calculs sont vite faits dans les têtes : le maire peut être battu, les listes de gauche réunies au second tour peuvent enfin gagner la ville.

Mais le confinement va passer par là, il n’y aura pas de second tour dans l’immédiat.

 

La reprise de la campagne et les raisons principales de l’échec

L’annonce est faite le 11 mai. Le deuxième tour des municipales se déroulera le 28 juin. Sauf que les conditions pour mener campagne vont rester particulières à cause de la Covid 19, les restrictions sont telles qu’il n’est pas possible d’aller à la rencontre des habitant-e-s ou d’organiser des réunions publiques. Les difficultés sont certes les mêmes pour le maire sortant sauf que lui va faire fonctionner son réseau clientéliste dans toute la ville pour rattraper son retard et mobiliser les abstentionnistes.

Pour ce faire, le maire sortant et ses soutiens, officiels ou pas, vont mener une campagne de caniveau et dans la presse et sur les réseaux sociaux : propos homophobes à l’encontre d’Antoine Maurice, propos disqualifiant et la tête de liste et les candidat-e-s soupçonné-e-s d’être potentiellement des élu-e-s « incapables », « peu expérimenté-e-s », mettant même en danger l’emploi car « ne défendant pas l’aéronautique », voire très « dangereux » comme les candidat-e-s FI ou du mouvement social, accusé-e-s de soutenir le « désordre, la violence et les casseurs ».

La liste « pastèque » est caricaturée jusqu’à l’outrance, derrière les « gentils verts » il y a les « affreux rouges » qui vont « tout détruire au capitole ». Plus la ficelle est grosse plus elle marche, surtout dans un climat d’insécurité générale provoquée par la crise sanitaire et ses conséquences. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.

Bien sûr ce n’est pas la seule raison de la défaite.

Certaines « personnalités socialistes » portent elles aussi la responsabilité du résultat final.

L’attitude de Nadia Pellefigue, tête de liste socialiste, aux exigences démesurées (elle voulait la métropole pour accepter de fusionner avec la liste Archipel) a donné une drôle d’image de la politique lorsque les pourparlers ont repris après le déconfinement, afin de faire fusionner les deux listes de gauche.

Finalement après des négociations à rallonge, Nadia Pellefigue (n’obtenant pas ce qu’elle exigeait) annonce qu’elle se retire et laisse ses colistier-ère-s fusionner pour ceux et celles qui le souhaitent.

Fait unique en France quand on regarde les autres villes où il y a eu fusion. Le message est déjà brouillé et à aucun moment l’ancienne tête de liste n’appelle franchement à soutenir la liste fusionnée. Pire même, un de ceux qui l’ont suivi dans son retrait (Michel Lacroix, numéro 2 de la liste patron toulousain et membre de la CCI) annonce qu’il votera pour JL Moudenc !

Quant à la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, elle ne cessera dans ces tweets et déclarations à la presse de disqualifier la liste Archipel, attaquant comme le maire de Toulouse la FI (en particulier sur la soit-disant violence de cette dernière qui exigeait le retour du droit à manifester!), s’affichant avec JL Moudenc pour soutenir les commerçants impactés par la crise sanitaire et « menacés » par le retour possible des manifs des gilets jaunes ! Elle annoncera très tardivement son soutien à la liste d’Antoine Maurice, mais dans le même temps dira publiquement que les problèmes ne tarderont pas à venir entre la FI et EELV comme « c’est le cas à la région ». Un soutien qui ressemble donc à celui de la corde soutenant le pendu !

 

Un électorat difficile à mobiliser

De manière acharnée et organisée, la liste Archipel a tout fait pour mobiliser un électorat qui s’était peu déplacé au premier tour, notamment l’électorat populaire. Force est de constater que cela n’a pas été suffisant. Face aux embûches semées sur le chemin comme expliqué précédemment, il fallait convaincre un électorat, les jeunes, les classes populaires, modestes, qui a tendance de plus en plus à rester à la maison.

Les contraintes liées à la crise n’ont pas facilité les choses mais nous devons interroger notre manière de mener campagne, de s’adresser à tous et à toutes, de répondre aux inquiétudes sociales très fortes. Des propositions écologistes et sociales (comme la cantine bio et gratuite pour les classes modestes, la tarification très sociale dans les transports) obtiennent l’adhésion des classes populaires mais cela ne suffit pas. La revendication qui se veut unifiante « fin de mois, fin du monde, même combat », ne convainc pas encore suffisamment un électorat pour qui les fins de mois difficiles sont la principale préoccupation.

 

Du travail sur la planche

14 élu-e-s de la liste Archipel (+ 2 intégrés au second tour : 1 PS et 1 PC) ont eu leur premier conseil municipal vendredi 3 juillet, déterminé-e-s à se faire entendre et à travailler avec les toulousain-e-s qui le souhaiteront.

Dimanche 28 juin Archipel a perdu. Mais un espoir est né, avec une démarche démocratique inédite, un projet alternatif pour Toulouse.

Le combat continue. Il sera de notre responsabilité de faire vivre pendant 6 ans une dynamique sociale et écologique pour prendre la mairie aux réseaux de la droite et de la bourgeoisie.

 

Myriam Martin, conseillère régionale Occitanie, Ensemble, France Insoumise