Yannick Jadot ou « l’écologie pragmatique »

un article de Myriam Martin, à lire également sur le site national d’Ensemble Insoumise

Yannick Jadot, eurodéputé, se présente sans cesse comme « le seul candidat écolo » de cette campagne des présidentielles. Le réchauffement de la planète, le dérèglement climatique, les grands problèmes environnementaux sont une préoccupation majeure d’une grande partie de la population. Pourtant Yannick Jadot est peu audible dans cette campagne, y compris sur ses thèmes de prédilection.

« L’écologie n’est pas l’ennemi de l’économie »

C’ est une citation d’une autre campagne, celle des européennes du tête de liste alors Yannick Jadot. Mais cette image d’un candidat, d’un leader politique « Macron compatible » colle à la peau de Yannick Jadot. Et c’est assez justifié. Jadot a assumé pendant longtemps et il y a peu encore (les élections européennes comme les élections municipales, c’était il y a moins de trois ans pour les unes, moins de deux ans pour les autres) d’être « ni de droite ni de gauche » et d’être favorable à « l’économie de marché, la libre entreprise et l’innovation ». Toute la novlangue libérale en une seule phrase.

Alors difficile de se débarrasser de cette étiquette de libéral qui lui colle à la peau, même si le candidat d’EELV a tenté ses derniers mois de gauchir son discours. Peut être pour complaire à son ancienne adversaire malheureuse à la primaire écologiste, Sandrine Rousseau ?

Il est vrai cependant que ses propositions pourraient être alléchantes et se rapprocher de celles faites par l’Avenir En Commun, programme défendu par Jean Luc Mélenchon : sur le SMIC, l’hôpital, un revenu universel contre la pauvreté etc…

Pourtant ça ne fonctionne pas. En effet, Yannick Jadot est un pragmatique en politique, il l’a suffisamment dit, associant à son pragmatisme une position modérée et mesurée en toute chose. Surtout ne pas apparaître excessif, ne pas faire peur, d’où sa proximité revendiquée avec Laurent Berger, le modéré secrétaire général de la CFDT. Ce n’est donc pas sur le terrain social que son électorat l’attend, et il a beau clamer son ardeur sociale du moment, quand il parle de « pouvoir d’achat » on n’y croit pas, tellement cela fait « plaqué », pas naturel dans la bouche de celui qui « condamnait les violences des gilets jaunes », ne voyant pas la désespérance sociale qui s’exprimait au sein de ce mouvement populaire.

Mais ce n’est pas seulement le profil du candidat qui interroge, c’est aussi son programme de 120 propositions, énumérées comme un catalogue à la Prévert. Quelle est la trame  de fond de ce programme ? Qu’est ce qui lie les mesures proposées, entre-elles ?

« L’écologie qui réussit »

Difficile de répondre aux questions précédentes aux premiers abords. Jadot répond concernant son programme, c’est « l’écologie qui réussit ». Tout est dans l’implicite ! Qu’est-ce donc que l’écologie qui réussit ? Une écologie qui ne heurte pas (même si elle heurte quand même les plus rétifs et les plus réactionnaires qui ne veulent pas voir la catastrophe écologique déjà à l’oeuvre), qui ne paraît pas radicale. D’où ces deux sentiments finalement à la lecture du programme du candidat d’EELV :

– des mesures qui manquent d’ambition pour nombreuses d’entre elles et qui ne sont pas chiffrées

– un cadre libéral non remis en question, au niveau national comme au niveau européen. Jadot propose juste la signature d’un traité environnemental européen. La belle affaire ! Avec qui ? Pour faire quoi ?

Même si Jadot reconnaît qu’aucune politique n’est faisable dans le cadre du pacte de stabilité, il se définit comme pro-européen, sans remise en question des politiques libérales européennes qui sévissent depuis des décennies et que le groupe écologiste au parlement européen a en partie accompagnées.

Difficile du coup d’apparaître crédible pour le candidat Jadot aux yeux d’une majorité de nos concitoyen·nes qui fait fasse à une une vertigineuse hausse des prix et attend de l’État un minimum de protection. Or, ce n’est pas chez les « Verts » qu’on a pu trouver des défenseurs farouches de l’État social.

Yannick Jadot présent là où on ne l’attend pas

Pour étoffer sa carrure de potentiel homme d’État, Jadot a décidé de se vêtir de certains oripeaux, mais pas forcément ceux endossés traditionnellement par un candidat écologiste. Cette volonté d’apparaître crédible et responsable sur les questions régaliennes ou en concordance avec ce que penserait l’opinion, ne date pas de la guerre en Ukraine, pour laquelle les prises de position de Jadot en ont surpris plus d’un-e.

Déjà l’année dernière, l’euro député Jadot futur candidat, se retrouvait, comme Fabien Roussel et Anne Hidalgo par ailleurs, au rassemblement organisé par un syndicat policier d’extrême droite. Mais avant encore, Jadot s’était lâché sur les dangers du communautarisme, sur les jeunes de banlieues instrumentalisés par les intégristes, ou sur le « burkini », non pas en défense de la laïcité, mais en réalité pour « faite tendance » et se fondre dans l’air du temps. Car sur ces terrains là les écologistes n’apparaîtraient pas suffisamment sérieux et crédibles. Et pour faire sérieux et crédible, Yannick Jadot n’a pas hésité à utiliser les mots de ses adversaires.

C’est sans doute pour ces raisons, que le candidat d’EELV a entonné un air martial et va-t-en-guerre depuis l’agression de Poutine sur l’Ukraine. Il faut rompre avec l’image d’écolo pacifiste, pour cela il faut en faire plus que les autres, quitte à se droitiser.

On pourrait presque en rire si cela n’interrogeait pas sur la versatilité de la parole politique et sur la pression de la pensée dominante.

A cours d’idée pour paraître « un vrai homme d’Etat », Jadot en a rajouté à son tour sur les profs qui auraient trop de vacances, reprenant la même antienne que la droite et les libéraux.

« Mélenchon : voilà l’ennemi » !

Le candidat écolo a peu décollé dans les sondages. On lui reproche son manque de charisme, mais tout ne peut pas s’expliquer ainsi. Comme dit plus haut, le candidat Jadot n’apparaît pas comme un candidat de rupture, porteur d’espoir, sans compter que certains aspects ont pu décevoir un électorat écologiste fidèle à certaines valeurs et à certains principes.

Aussi pour essayer de rattraper son retard, Yannick Jadot n’a eu de cesse de taper sur Jean Luc Mélenchon, rabâchant les mêmes saillies dès qu’un micro lui était tendu !

Pourtant au lieu de s’en prendre à Jean Luc Mélenchon et à la France Insoumise, Yannick Jadot aurait dû honnêtement s’interroger sur sa campagne, sur les attentes de nos concitoyen·nes, notamment les attentes sociales, sur le danger représenté par l’extrême droite. Yannick Jadot devrait surtout se poser la question si l’écologie est soluble dans le marché ? Si le capitalisme productiviste et les politiques libérales sont compatibles avec une vraie planification écologique ?

Yannick Jadot devrait aussi s’interroger sur les analyses publiques de nombreuses associations écologistes, à propos des programmes des candidat·es, analyses qui considèrent très souvent que le programme écologiste de l’AEC porté par Jean Luc Mélenchon et l’Union Populaire est un des meilleurs.

Aussi, le 10 avril prochain, voter écologiste, c’est voter Jean Luc Mélenchon !

Myriam Martin